C’est comme un pull qui gratte- David

Je t’ai déjà parlé de ce rassemblement compact de personnes au niveau de l’ascenseur du rer et bien aujourd’hui, j’aborde avec toi la fatigue morale de la répétition.
Tous les matins et tous les soirs, cinq jours par semaine, j’arrive devant cet ascenseur et je suis confronté à cette foule.
Et là, la même danse mal accordée recommence. J’avance, les gens s’écartent, me laissent passer et s’engouffrent derrière moi dans la cabine.
Tu pourrais te dire : « les gens te laissent passer… Où est le problème ? ».
La fatigue et la lassitude c’est de devoir m’excuser de ma présence deux fois par jours. Il y a des matins où je n’ai pas la force de prononcer ces simples mots :
« Excusez-moi, pardon, j’aimerai passer, je suis prioritaire. »
Je m’excuse de ma présence dans l’espace public, je m’excuse de mes besoins.
Et pour ces personnes, me laisser une place dans l’ascenseur déclenche un regard plein de compassion et de fierté. Ces personnes vont continuer à perdre leur temps à attendre l’ascenseur sans voir le problème et les effets à long terme sur les machines d’une sur-utilisation mais ce n’est pas grave, me céder leur place leur donne l’impression d’accomplir une bonne action.
Et je vois bien que pour certain.es s’écarter pour que je prenne l’ascenseur relève presque de la faveur.

Alors non, ce n’est pas une faveur que de laisser passer une personne malade ou handicapée.
Et en allant plus loin, la présence d’autant de personnes valides qui te scrutent pour déterminer si oui ou non, tu mérites une place rend encore plus difficile l’accès à ces aménagements à une personne avec une maladie ou un handicap invisible car ces regards peuvent être très culpabilisants.

Déjà que les infrastructures et le manque d’accessibilité montre un refus de la société de voir et d’inclure le handicap et que c’est à nous de nous battre pour aller contre ces stéréotypes.

Ces regards sont comme un pull qui gratte, au début, ça va et ils deviennent vite insupportables. Ce pull me colle à la peau et me rappelle que je ne corresponds pas à l’image de la personne en fauteuil roulant typique car je prends ma place (et de la place, littéralement) dans l’espace public et que je me rends visible.

Et j’ai la sensation que cette occupation de l’espace met les personnes valides mal à l’aise car ils sont confronté à leurs peurs profondes de la différence mais aussi, ils sont face à leur attitude, pas toujours correcte.

Et il faut avouer, ça doit pas toujours être sympa de baisser les yeux car on sait qu’on attend l’ascenseur juste par confort….

3 réflexions sur “C’est comme un pull qui gratte- David

  1. Pingback: Quand l’accessibilité sépare… | Crevette de Mars

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